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1915. Trois ans déjà que la mère de Cathy Ukomeni (Katoli dans la VO, Katri dans le livre) est partie pour l'Allemagne. La Finlande étant encore sous domination russe, personne n'a plus eu de nouvelles depuis le début de la guerre, et nul ne sait quand elle pourra enfin revoir sa petite fille qui vit maintenant avec ses grands parents. Le malheur voulant que ceux-ci aient fait une mauvaise récolte et que leur seule vache ait été tuée par un ours, les voilà aux prises avec des graves problèmes financiers. Cathy décide pour les aider d'aller travailler comme gardienne de bétail dans une ferme d'un village voisin. Une expérience qui pour cette petite de 9 ans sera synonyme de découverte du monde...

Rien ne sera plus jamais comme avant. Si depuis plusieurs années, les qualités techniques des WMT avaient été en constante augmentation, Cathy est la première à atteindre véritablement le haut de l'échelle. La variété des couleurs, les détails des paysages, la finesse du character design et l'animation des personnages s'attachant à restituer tous leurs mouvements, tout y est enfin. Certaines des Meisakus postérieures seront mieux réalisées, mais aucune ne creusera de fossé comparable à celui qui sépare Cathy et ses aînées.
La série possède de nombreux points communs avec Les quatre filles du docteur March. Ici aussi l'histoire est entièrement focalisée sur la vie quotidienne des personnages, reléguant l'intrigue au second plan (une scène typique montre Cathy en train de lire, garder les vaches, ou discuter avec des amis). Une fois encore, le contexte historique est omniprésent en arrière plan. Ce n'est pas la Guerre de Sécession qui pousse le père de famille à partir au front, mais la Première Guerre Mondiale qui sépare une mère et sa fille. Le travail de reconstitution est toutefois ici, plus que pour les quatre filles, une des grandes forces de la série. Au delà de la guerre et des problèmes politiques qui préoccupaient la Finlande à la veille de son indépendance, au delà même des traditions du pays auxquelles font référence par exemple les musiques (cf. ci-dessous) ou le Kalevala, leur grande épopée nationale, c'est tous le quotidien des paysans finlandais qui est décrit dans ses moindres détails, réussissant à merveille à faire renaître cette époque où la vie était rythmée par la récolte du chanvre et la tonte des moutons, où les saunas et les veillées au coin du feu étaient les seules distractions, où les ours et les loups étaient encore des ennemis menaçants. L'exactitude de la reconstitution, et le rythme paisible de la mise en scène donne à cette série un caractère envoûtant que je n'ai que trop rarement trouvé dans des animes: il suffit de s'asseoir et se laisser bercer pour se sentir plongé 80 ans en arrière.
La deuxième grande force de cette série est sans hésiter sa magnifique bande son: les musiques de Cathy sont reprises de l'oeuvre du compositeur Jean Sibelius, LE fondateur de la tradition musicale finlandaise. Les mélomanes reconnaîtrons sans doute les extraits de Karelia (op. 11), des légendes de Leminkaïnen (ou quatre légendes op. 22) inspirées du folklore finlandais, et surtout de Finlandia (op.26 n°7). Finlandia, cet air majestueux, qui, en devenant le thème principal de la série, fait comme un nouvel écho à son contexte politique: Sibélius l'écrivit en effet à la fin du 19ème siècle dans le cadre de mouvements nationalistes (les fêtes de la presse), et il devint immédiatement le symbole du combat du peuple finlandais pour son indépendance. Mais bien au delà de leur valeur culturelle et historique, ces magnifiques musiques accompagnent admirablement la série, et constituent une bande son d'une qualité proche de celle de Princesse Sarah, sinon par sa diversité (les mêmes thèmes sont souvent réutilisés), au moins par sa qualité.
Peut-être un bémol concernant la mise en scène en elle-même. Bien que bonne dans l'ensemble, la transition entre certaines scènes est un peu abrupte, et je me rappelle avoir par moment été un peu surpris par le passage d'une séquence à l'autre. L'histoire s'écoule dans l'ensemble de façon moins fluide que dans les séries d'Isao TAKAHATA ou Fumio KUROKAWA. Même remarque pour la toute fin de la série: le dernier épisode est beaucoup trop abrupte et laisse le spectateur sur sa faim. La peinture des personnages me laisse aussi un sentiment nuancé: Cathy est d'une certaine manière très réussie: sa psychologie d'enfant qui découvre que le monde est plus grand que son village de campagne est très bien décrite. Et c'est aussi avec beaucoup de finesse qu'est dépeinte la manière dont naît peu à peu en elle l'ambition de réaliser quelque chose dont elle puisse être fière, tout en restant fidèle à ses origines et à son amour du monde rural. Mais elle fait aussi parfois un peu trop "petite fille sage et consciencieuse" qui passerait ses journées à aider les autres. De même les autres personnages principaux sont généralement assez bien développés, mais ont trop souvent tendance à adorer Cathy dés le premier regard, et à s'instituer ensuite en protecteur en toutes circonstances. Tout ceci rend finalement selon moi cette série moins vivante que Les quatre filles du docteur March.
La qualité d'ensemble reste toutefois exceptionnelle, et le manque de popularité chronique que connaît ce petit bijoux en Europe me paraîtra toujours une pure injustice!
La série n'est pas passée très souvent en France: Elle est arrivée sur La 5 où elle a dû être diffusée deux fois. Peut-être est-elle aussi passée une fois sur TF1. Ses dernières diffusions datent de juillet 97 et 99, d'avril 2000 et de 2001, mais se sont faites sur le satellite (AB cartoon / Manga). La version française ne comporte pas de générique chanté, mais seulement une musique d'introduction d'une quarantaine de secondes.
L'atmosphère bucolique de Cathy la petite fermière a été peu appréciée par public français, et je crains qu'on ne la retrouve pas sur une grande chaîne nationale avant longtemps. :(
La série est passée sur deux chaînes: RTL2 (dernièrement au printemps 2000 et en septembre-octobre 2001) et TM3 (la dernière fois de janvier à mars 98). Comme Sara et Pollyanna, elle ne possède pas de générique, mais un simple clip musical de quelques secondes.
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Frédéric Goëtzinger
(goetz@starnet.fr) Ouvert le 23 mars 1998 - dernière mise à jour: 2 décembre 2001