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A 18 ans, Maria Kutschera a son destin tout tracé: elle dévouera sa vie à Dieu et deviendra religieuse au couvent du sacré coeur à Saltzburg. La mère supérieure doute toutefois que cette vie recluse et méditative convienne au tempérament fougueux de la jeune fille, et lui demande avant de prononcer ses voeux d'aller passer quelques mois chez le baron von Trapp. Depuis la mort de son épouse, le pauvre homme a en effet de nombreux problèmes avec sa fille Anna, et aucune des 25 (!) préceptrices qu'il a engagé au cours des 18 derniers mois n'a réussi à se faire accepter par ses enfants...
Comme celui de Judy Abott dans Papa longues jambes, le destin de Maria Kutschera a quelque chose de fascinant. Plus encore quand on pense que le récit d'origine est autobiographique, et cette histoire de Cendrillon presque totalement authentique. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le réalisateur Kozô KUSUBA a fait preuve d'une bien plus grande maturité que dans la majorité de ses autres travaux. Si "Les enfants du capitaine Trapp ne bénéficient ni des qualités narratives des derniers épisodes de Roméo, ni de la profondeur des personnages de Dans les Alpes avec Annette, cette série a été faite avec une sobriété et une délicatesse qu'on ne trouve dans aucune autre œuvre du réalisateur fétiche de Nippon Animation. Certaines scènes restent un peu mélodramatiques, mais on n'assiste pas (ou peu) aux crises de larmes ou aux sermons dont il a tant l'habitude. La majorité de ses œuvres, cherchant souvent à être trop émouvantes, présentent de nombreuses séquences dramatisées à l'excès ; celle-ci forme au contraire un ensemble très solide et équilibré, tout à fait digne d'une histoire vraie.
La série est en majeure partie bâtie autour de scènes domestiques, montrant le quotidien de la famille Trapp. Elle est par cet aspect la dernière WMT de l'Histoire à être focalisée sur les personnages et leur psychologie. Ils ont moins de facettes que dans les meilleures productions de la lignée, mais un réel effort a été fait pour donner de l'individualité à chacun, en dépassant tout cliché. KUSUBA réussit à rentrer dans la psychologie des enfants, qui réagissent chacun à leur manière à l'arrivée de Maria et aux projets de remariage de leur père ; d'Edvige avec la violence de l'adolescence à Anna, la plus fragile, tombée dans de profondes crises de léthargie. Il faut regarder la série en détail pour voir toutes les petites scènes qui montrent comment les enfants se font peu à peu apprivoiser par Maria, qui de gouvernante, accède bientôt au statut de confidente, avant de devenir indispensable à la vie du foyer. Quant au père, bien que taciturne, on le sent torturé par un flot d'interrogations sur son avenir et celui de sa famille. Le doute est aussi un des aspects de la personnalité de Maria, le personnage principal, malgré le tempérament fougueux qu'on peut rapidement lui prêter. Mais la jeune fille est avant tout, grâce à son naturel et sa franchise, une des héroïnes les plus attachantes des Meisakus: une Pollyanna capable de communiquer sa soif de vivre à tous (son influence sur tous les personnages, des enfants au capitaine en passant par la baronne est évidente), en plus mature et réaliste. Même si on n'atteint pas selon moi le niveau des classiques des années 70 et 80, aucune des 6 dernières WMT n'aura plus l'ambition de "faire vivre" les personnages et à les montrer avec une réelle complexité comme le fait “ Les enfants du capitaine Trapp ”.
Nippon Animation nous propose aussi comme souvent une promenade culturelle dans l'Autriche des années 30. Des visites de Salzbourg aux traditions tyroliennes, en passant par la bande son aux accents pastoraux qui utilisent de nombreux instruments traditionnels, une large palette de détails culturels et historiques servent à faire renaître l'atmosphère locale. Les relations entre habitants de Vienne et provinciaux, avec leurs méfiances réciproques et leurs petites querelles de clochers est d'ailleurs un des grands éléments comiques de la série. Quant à la montée du nazisme et à l'Anschluss, ils constituent le ressort dramatique de la fin de l'histoire.
Les 4 derniers épisodes tranchent d'ailleurs considérablement avec le reste de la série. En un instant, l'intrigue passe des petits soucis quotidiens aux changements drastiques imposés par le régime du IIIème Reich. Si l'atmosphère n'avait jamais été franchement gaie, l'angoisse de cette dernière partie est très éloignée du style traditionnel des œuvres “ pour enfants ”, au point que plusieurs épisodes furent censurés, voir supprimés en France (cf plus bas). Très rares sont les WMT à avoir un dénouement aussi intense que celle-ci.
Le seul gros reproche que je fais finalement “ aux enfants du capitaine Trapp ” est d'ordre purement technique. La finesse des mouvements des personnages, s'apparentant souvent à un véritable jeu d'acteur, avait été une des grandes forces des WMT au cours des années 80. Ici rien. Ou plutôt quelques scènes correctement animées, au milieu de plans trop statiques souvent difficiles à supporter. Les animateurs cherchent à donner de l'individualité aux mouvements des personnages ; mais un manque évident de moyen les aura freiné dans cette noble intention. De même le character design est irrégulier, avec des visages peu expressifs et des traits caricaturaux. Trop séquences sont gâchées par ces faiblesses techniques. Dommage, dommage, dommage…
Mais ceci mis à part, “ les enfants du capitaine Trapp ” fait partie des bonnes WMT. Plus fine que les réalisations habituelles de KUSUBA, elle reste avant tout le dernier véritable "classique" de la lignée des World Masterpiece Theater.
La série a été diffusée sur France 3 en 1995, 96 et 98. Elle bénéficie de temps à autre de passages sur RTL9 (sur le cable). Le générique français est interprété par Claude Lombard sur la même musique (et avec les mêmes images) que la version italienne. Par crainte de choquer certains parents, les diffuseurs français ont préféré couper la majeure partie des scènes où apparaissaient des nazis: les épisodes 37 et 40 ont ainsi été largement censurés; les épisodes 38 et 39 passant tout simplement à la trappe dans leur intégralité: vive l'Histoire!
L'Autriche a été le premier pays germanophone à diffuser l'histroire de Maria, en 1998 (sur ORF1). Ce n'est que lors de l'été 2001 qu'elle est arrivée en Allemangne sur RTL2, où elle passa deux fois entre juillet et octobre. Le générique allemand possède la même mélodie qu'une des chansons originales dédiée à la série.
Les enfants du capitaine Trapp sont passés sur Italia 1 en septembre 1995. La chanson italienne est interprétée par Cristina d'Avena.
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Frédéric Goetzinger
(goetz@starnet.fr) Ouvert le 24 septembre 2001 - dernière mise à jour: 2 décembre 2001