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Une personne inquiétante vient d'arriver à Sononio, petit village de la Suisse italienne. Cet individu nommé Luini a en effet pour but de trouver des enfants de familles pauvres et de les "louer" pour les envoyer travailler comme ramoneurs à Milan pendant l'hiver (nous sommes encore au 19ème siècle). On dit que beaucoup ne reviennent jamais... Très vite, son regard se porte vers le jeune Roméo. Le père du jeune garçon refuse d'abord l'ignoble proposition qui lui est faite, mais l'exploitation familiale étant détruite dans un incendie (tout sauf accidentel), sa famille doit faire face à de graves difficultés. Roméo décide alors de se sacrifier pour sauver ses proches...
Ce résumé pourrait vous laisser penser que Roméo est un drame poignant à la Princesse Sarah. C'est ce que je croyais moi aussi au début, mais il ne m'a pas fallu très longtemps pour changer d'avis... Hormis dans la première partie, l'histoire est menée tambour battant, les scènes d'actions ou les rebondissements se succédant d'épisode en épisode et le dernier quart possède un suspens qu'aucune WMT n'aura jamais égalé. Si les Meisakus rappellent souvent le réalisateur Isao TAKAHATA par leur style, c'est plutôt du coté de Hayao MIYAZAKI que celle-ci est tournée, tranchant ainsi notablement avec le reste de la lignée. Roméo garde bien sûr une facette de drame réaliste, et comporte quelques unes de ces séquences de vie quotidienne qui émaillent traditionnellement les WMT, mais la série joue plus la carte du romanesque que celle de l'authenticité et s'apparente avant tout à un 'récit d'aventure pour garçons'. Mon sentiment est toutefois que le réalisateur KUSUBA a trouvé un meilleur équilibre entre émotion et action que TAKAGE l'année précédente avec Tico . L'histoire est menée avec beaucoup de rythme, mais aussi avec assez de délicatesse pour donner une grande intensité aux scènes dramatiques. Symbole de cette réussite: le 29ème épisode, qui fait à la fois partie des épisodes les plus palpitants et des plus poignants auxquels l'animation a jamais donné le jour.
Ce style mêlant drame et action explique sans doute le succès connu par Roméo auprès des fans d'animations japonais souvent un peu hermétiques aux séries trop "lentes": lors de l'Anime Grand Prix 1995 (sondage réalisé par le magazine Animage), la série fut élue 6ème dessin animé de l'année, et son 29ème épisode, évoqué ci-dessus, 3ème épisode de l'année (à ma connaissance, aucune WMT n'avait jamais fait mieux). Popularité chez les fans, mais aussi échec auprès du grand public, avec grosse baisse d'audimat, Roméo ne représentant que 10% d'audience, le plus mauvais score jamais réalisé par une World Masterpiece Theater (les précédentes tournaient plutôt autour de 15%). Désaveux du public face à un changement de style ou conséquence de la politique de Fuji TV annulant épisode sur épisode pour diffuser des rencontres de volley-ball ou des émissions comiques? J'opterais pour la seconde hypothèse. Une autre caractéristique de Roméo est en effet d'avoir été produite en plein déclin des WMT: une partie des épisodes prévus au départ ne virent ainsi jamais le jour, rendant cette série largement plus courte que les précédentes, et obligeant Nippon Animation à changer son script à la dernière minute. L'histoire est bien menée dans l'ensemble, et parfois palpitantes, mais sa brièveté se fait malheureusement sentir: plusieurs points du scénarios sont assez confus, et quelques éclaircissements auraient été bienvenus (concernant par exemple Alfredo et sa famille). L'histoire possède en outre deux partie, et le 24ème épisode qui sert de "transition" (celui où arrive Bianca, la jeune fille sur l'image) crée une trop grosse rupture avec tout ce qui précède. On a presque l'impression que l'histoire redémarre. Quelques épisodes supplémentaires auraient sans doute permis de créer un tout plus crédible et 'cohérent'.
Dommage aussi que le réalisateur soit tombé dans ses travers classiques: l'exagération des sentiments des personnages, la dramatisation excessive de certaines situations, et l'excès de bons sentiments. Que l'amitié et la fraternité soient des thèmes centraux de la série, que l'on y parle d'éducation, rien de plus normal pour une WMT, mais KUSUBA prêche souvent trop la bonne parole rendant de nombreuses scènes caricaturales. Cette critique est valable pour la majorité de ses travaux, et n'empêche pas celui-ci d'être de qualité, mais on reste frustré en pensant au résultat qu'il aurait pu obtenir avec un peu plus de sobriété. Dernier reproche: l'utilisation d'un narrateur est parfois agaçante. Pourquoi lui faire dire ce que l'on serait capable de comprendre tout seul?
Pour ne pas finir sur une note négative, évoquons les grandes qualités artistiques de cette série: Yoshiharu SATÔ n'a pas réussi selon moi son meilleur travail de character designer (même si le visage de Bianca est parfois très expressif), mais l'animation des personnages est splendide et très peu de WMT atteignent un tel naturel et une telle expressivité des mouvements. Autre point fort, les très jolies musiques de Kei WAKAKUSA, qui n'ont pas grand chose à envier à celle de Papa longues jambes.
Roméo est en tous cas une WMT rafraîchissante, qui trouve un bon compromis entre leur style traditionnel et le récit d'action. Et s'il est facile d'y trouver des défauts, il est aussi facile de les oublier tant les meilleures scène sonnent juste et l'histoire est pas moment prenante. Dommage qu'elle soit aussi d'une certaine manière un chant du cygne pour la lignée des Meisaku. Il est clair que Fuji TV ne comptait plus vraiment sur Nippon Animation pour assurer son créneau horaire du dimanche soir.
La série est passée sur Italia 1 du 9 juillet au 9 août 1997. Faites le compte: cela fait 32 jours ... car l'épisode 17 a été oublié (volontairement?).
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Frédéric Goetzinger
(goetz@starnet.fr) Ouvert le 4 mai 1998 - dernière mise à jour: 4 juin 2000